Automatisation
Combien d'heures perdez-vous vraiment ? Comptez avant de dépenser un euro
Un gérant m'appelle, décidé : il veut « mettre de l'IA partout » dans son entreprise. Il a lu des choses, il sent qu'il perd du temps, il veut agir. Ma première réponse le surprend toujours : avant de dépenser le moindre euro, on va compter. Pas estimer au doigt mouillé, compter pour de vrai. Parce que « je perds un temps fou » n'est pas une donnée sur laquelle on peut décider quoi que ce soit. « Je passe 14 heures par semaine sur des tâches qu'une machine pourrait préparer », ça, c'en est une.
La plupart des dirigeants savent qu'ils perdent du temps, mais seraient incapables de dire combien, ni sur quoi précisément. C'est normal : ces tâches sont diluées dans la journée, un quart d'heure par-ci, dix minutes par-là, jamais un bloc visible. Et tant qu'on ne les a pas mises noir sur blanc, on ne peut ni les prioriser, ni juger si un outil vaut son prix. Compter d'abord, c'est ce qui transforme une intuition floue en décision solide.
La semaine-carnet : la seule méthode qui marche
Ce que je lui ai demandé, et que vous pouvez faire dès demain, tient en une phrase. Pendant une semaine, gardez une note sur votre téléphone, et à chaque tâche répétitive qui vous prend plus de dix minutes, écrivez deux choses : quoi, et combien de temps. Taper un devis, ressaisir une facture, relancer un client, répondre pour la trentième fois à la même question, recopier des chiffres d'un outil à un autre. Juste la tâche et la durée. Rien d'autre.
Au bout de sept jours, la liste parle toute seule. Deux ou trois lignes reviennent tous les jours et pèsent le plus lourd. Ce sont vos candidates, et elles ne sont presque jamais celles qu'on aurait citées de mémoire.
Une fois comptées, les tâches répétitives de ce gérant pesaient quatorze heures par semaine. Presque deux jours de travail, invisibles jusqu'à ce qu'on les additionne. On ne se bat pas contre une impression, on se bat contre un chiffre.
Le raté que le comptage a évité : ne pas automatiser
Voilà le résultat le plus utile de l'exercice, et le plus contre-intuitif venant de quelqu'un qui installe de l'automatisation. Une des tâches dont ce gérant se plaignait le plus, celle qui l'agaçait au point d'avoir déclenché son appel, ne revenait en réalité qu'une ou deux fois par mois. Elle était pénible, mais rare. La compter a montré qu'automatiser ce truc-là aurait coûté plus cher que le temps que ça faisait gagner. On ne l'a pas touchée. À l'inverse, une petite tâche qu'il ne mentionnait même pas, tellement elle lui semblait anodine, revenait plusieurs fois par jour et pesait des heures. C'est celle-là qu'on a traitée en premier. Sans le comptage, on aurait mis l'énergie exactement au mauvais endroit.
Ce que les gens découvrent en comptant
Quand quelqu'un me rapporte sa semaine-carnet, il y a presque toujours le même moment de surprise. Ce n'est pas le total qui choque, c'est la répartition. Des tâches qu'on croyait marginales pèsent des heures ; d'autres qu'on maudissait tiennent en réalité peu de place. Les grands classiques qui ressortent : recopier les mêmes informations d'un logiciel à un autre parce que les deux ne se parlent pas, répondre par écrit à la même question de client pour la centième fois, remettre en forme un document qu'on refait à l'identique chaque semaine, chercher une pièce jointe ou un chiffre qu'on sait avoir vu passer quelque part.
Il y a aussi un effet que je n'avais pas anticipé au début : le simple fait de compter soulage. Une charge floue, celle du dirigeant qui sent qu'il court sans trop savoir après quoi, pèse plus lourd qu'une liste claire, même longue. Voir écrit noir sur blanc « voilà où partent mes heures » remet du concret là où il n'y avait qu'une sensation d'être débordé. Beaucoup me disent que l'exercice, à lui seul et avant même qu'on ait automatisé quoi que ce soit, leur a déjà rendu un peu de lucidité sur leur propre semaine.
Ce que vous pouvez faire seul dès cette semaine
Commencez la semaine-carnet ce soir. Vous n'avez besoin d'aucun outil, d'aucun prestataire, juste d'une note et d'un peu de discipline. À la fin, vous aurez votre vraie liste, chiffrée, hiérarchisée. Rien que de la voir écrite, vous saurez par où commencer et, tout aussi important, ce qui ne vaut pas la peine d'être touché. C'est le travail du Scan, que je referais avec vous de toute façon ; autant en avoir déjà la matière.
Une fois la liste en main, brancher les bonnes tâches et laisser les autres tranquilles, c'est le cœur de mon travail d'automatisation posée sur vos outils. Pour voir cette méthode appliquée en vrai, lisez comment ce plombier est passé de deux heures de paperasse par soir à un quart d'heure par semaine ; et si vos heures perdues sont dans vos chiffres, il y a la remise en ordre de vos chiffres.