Vente
Le jour où 4 € sur 10 se sont mis à venir des pros
Une épicerie fine en ligne me demande de l'aider à « vendre un peu plus ». En regardant ses commandes de près, je tombe sur un truc que le patron n'avait jamais vraiment vu : les mêmes clients, à intervalles réguliers, passaient des commandes énormes. Pas des cadeaux, pas des particuliers gourmands. Des restaurants et des hôtels qui s'approvisionnaient chez lui, au prix grand public, faute de mieux. Il avait une clientèle professionnelle sous le nez, et il la traitait comme monsieur et madame Tout-le-monde.
C'est une situation plus fréquente qu'on ne croit. Beaucoup de commerces ont déjà des clients pros qui achètent « comme les autres », parce qu'aucune porte n'a été ouverte pour eux. Ces clients-là ne demandent qu'à commander plus, plus souvent, si on leur parle leur langage : des tarifs adaptés au volume, des commandes qui se répètent facilement, une facturation propre. Le chantier n'était pas de trouver de nouveaux clients. Il était de mieux servir ceux qui étaient déjà là.
Ouvrir une porte pour les pros, sans casser la boutique grand public
On a créé un espace dédié aux professionnels : des tarifs par volume réservés aux comptes pros, la possibilité de recommander en deux clics ce qu'ils prennent chaque semaine, des devis et une facturation qui correspondent à leurs besoins. Le particulier qui vient acheter un coffret, lui, ne voit rien changer : il garde sa boutique et ses prix. Deux mondes sur le même site, chacun avec ses règles. C'est ce cloisonnement propre qui a permis au canal pro de grandir sans abîmer le reste.
Le segment professionnel est monté jusqu'à représenter près de quatre euros sur dix du chiffre d'affaires. Une clientèle qui existait déjà, mais qui achetait au compte-gouttes faute d'une vraie porte d'entrée.
Le raté : au lancement, les tarifs pros ont fuité côté grand public
Le premier jour de mise en ligne, on a eu un problème de cloisonnement. À cause d'un réglage mal fait, certains prix réservés aux pros se sont retrouvés visibles pour des particuliers. Rien de catastrophique, mais imaginez la scène : un client fidèle qui découvre qu'il paie plus cher que « le tarif pro » affiché juste à côté. C'est le genre de détail qui abîme la confiance en un instant. On l'a repéré vite, coupé, et corrigé pour que chaque monde ne voie que ses propres prix. La leçon : quand on gère deux grilles tarifaires sur un même site, l'étanchéité entre les deux n'est pas un détail technique, c'est la base. On la teste avant d'ouvrir, pas après.
Un pro n'achète pas comme un particulier
La raison pour laquelle ces clients achetaient au compte-gouttes, c'est qu'on leur demandait de faire leurs courses comme un particulier : chercher chaque produit, remplir un panier, tout ressaisir la semaine suivante. Un restaurant qui commande les mêmes trente références chaque semaine n'a pas le temps pour ça. Ce qu'il veut, c'est retrouver sa commande type et la relancer en deux clics, voir des tarifs qui récompensent le volume, recevoir une facture propre pour sa comptabilité, et pouvoir commander le dimanche soir quand il fait ses stocks. Rien d'extraordinaire, mais tant que ce n'est pas là, il prend le minimum et complète ailleurs.
Un des pros m'a dit une phrase qui résume tout : « je préférais commander chez vous, mais c'était trop pénible, alors je me limitais. » Il ne cherchait pas moins cher ailleurs, il cherchait plus simple. Le jour où il a eu son espace, ses commandes ont doublé sans qu'on ait passé un seul coup de fil commercial. On n'avait pas conquis un client, on avait juste arrêté de lui compliquer la vie.
Ce que vous pouvez faire seul cette semaine
Ouvrez l'historique de vos commandes et cherchez les paniers anormalement gros, ou les clients qui reviennent avec une régularité de métronome. Faites-en la liste. Il y a de bonnes chances que vous y trouviez des professionnels qui s'ignorent, ou que vous ignoriez. Ce sont vos premiers comptes pros potentiels, et vous les avez déjà. Leur parler autrement, c'est souvent le gisement de croissance le plus proche, celui qu'on cherche au loin alors qu'il est dans ses propres chiffres.
Structurer cette vente pro, avec les bons tarifs et le bon suivi, c'est le rôle de mon travail sur la vente et le CRM. Pour attirer une clientèle qui vous appartient plutôt que de la payer, lisez comment faire venir les gens par Google ; et côté rentabilité de vos campagnes, il y a le travail qu'on fait sur la machine de vente.