IA pratique

Ce que l'IA ne sait toujours pas faire en 2026 (et que je passe mes rendez-vous à expliquer)

La moitié de mes rendez-vous, je les passe à expliquer ce que l'IA ne fait pas. Ça surprend toujours, venant de quelqu'un qui en installe pour vivre. Mais c'est exactement mon métier : dire où elle aide pour de vrai, et où la sortir serait une faute. Beaucoup de dirigeants arrivent avec l'idée qu'elle va tout faire. Je préfère qu'ils repartent avec l'idée juste.

En 2026, elle écrit mieux que jamais, elle résume, elle traduit, elle trie, elle range. Sur tout ça, elle est impressionnante et je m'en sers chaque jour. Mais il y a trois choses qu'elle ne sait toujours pas faire, et ce sont précisément ces trois-là qui décident si un projet tient debout ou s'écroule.

1. Elle ne sait pas quand elle se trompe

J'avais mis en place, pour de la surveillance de prix, un système qui allait lire des dizaines de pages de concurrents et en ressortait les tarifs. Il tournait bien, discrètement, depuis un moment. Puis plusieurs de ces pages ont changé de structure. Le système, lui, a continué comme si de rien n'était, en renvoyant des valeurs fausses sans lever le petit doigt pour le signaler. Aucune alerte, aucune gêne. Il a fallu que je remarque l'anomalie, que je comprenne ce qui avait bougé, et que je reprenne les flux pour que tout refonctionne correctement.

La leçon est là et elle vaut pour tous les usages : l'IA ne vous dira jamais « là, je ne suis plus sûre ». Elle exécute avec exactement la même assurance qu'elle ait raison ou tort. Une machine ne doute pas. C'est à vous, ou à quelqu'un pour vous, de douter à sa place et de vérifier ce qui compte à la source.

Et ce n'est pas réservé aux gros systèmes qu'on surveille. Demandez à un assistant grand public un chiffre, une référence de loi, l'horaire d'ouverture d'un service : il vous répondra avec le même aplomb, que ce soit juste ou totalement inventé. Le texte, il le maîtrise. Le fait, il le devine, et il lui arrive de le fabriquer de toutes pièces sans le moindre signe d'hésitation. C'est le piège numéro un, celui dans lequel tombe tout le monde au début : recopier un chiffre sorti d'un chat sans jamais le recouper.

Une machine ne doute pas. C'est à vous de douter à sa place.

2. Elle ne sait pas sentir la personne en face

Un client mécontent, inquiet, pressé, ça s'entend au premier mot, à un silence, à un ton qui se tend. Un artisan repère en trois secondes qu'il a en face quelqu'un qu'il faut rassurer avant même de parler technique. L'IA, non. Elle traite la demande, pas la personne. C'est pour ça que sur des projets où j'aurais pu automatiser le service après-vente, j'ai gardé un humain à 100 %, volontairement, alors même que l'automatisation était prête. Quelqu'un qui a un problème veut sentir une présence en face, pas une réponse rapide et polie qui passe à côté de son inquiétude. Automatiser ce moment-là, c'est gagner un peu de temps et perdre le client.

3. Elle ne porte aucune responsabilité

Le jour où une décision tourne mal, l'IA ne rappelle pas le client, ne rembourse pas, ne perd pas le sommeil. C'est vous. Donc la décision doit rester vous. J'applique un principe tout bête : l'IA propose, un humain valide, surtout quand c'est irréversible ou que ça engage de l'argent. Sur mon propre système, j'ai bridé exprès la partie capable de modifier des prix : elle suggère, je tranche. Ce n'est pas de la prudence de vieux, c'est la seule répartition qui tient debout. La machine prend le répétitif, vous gardez tout ce qui a des conséquences.

Le test à faire seul, tâche par tâche. Avant de confier quoi que ce soit à l'IA, posez-vous deux questions : « si elle se trompe ici, qui s'en aperçoit, et combien ça coûte ? » Si personne ne le verrait et que l'erreur coûte cher, ne l'automatisez pas sans un garde-fou humain. Si l'erreur saute aux yeux et reste sans gravité, foncez. C'est ce simple tri qui sépare un usage malin d'un piège coûteux.

On me vend souvent l'IA comme une intelligence. C'est un formidable exécutant, pas une conscience. Elle ne sait pas qu'elle a tort, elle ne sent pas qui elle a en face, elle n'assume rien de ce qu'elle produit. Le jour où un prestataire vous jure qu'elle va tout gérer toute seule, il vous vend le rêve, pas le réel. Le bon usage tient en une phrase : donnez-lui exactement ce qu'elle fait mieux que vous, et gardez jalousement le reste. C'est tout le travail qu'on fait quand on installe de l'automatisation posée sur vos outils : on répare et on cadre le circuit avant de le confier à la machine. Et si votre projet touche à la surveillance de vos prix ou de vos chiffres, c'est exactement là que le garde-fou compte le plus.